Leonard Cohen

CERTAINS HOMMES

Certains hommes
mériteraient des montagnes
pour porter leurs noms à travers les âges.

Les pierres tombales ne sont pas assez hautes
ou vertes,
et les fils partent au loin
pour perdre le poing
que la main de leurs pères semblera toujours.

J’avais un ami :
il vécut et mourut en grand silence
et avec dignité,
ne laissant ni livre, ni fils ou amante pour le pleurer.

Ceci n’est pas non plus un chant funèbre
mais seulement le nom donné à cette montagne
sur laquelle je marche,
parfumée, sombre et délicatement blanche
sous la pâleur de la brume.
Je nomme cette montagne après lui.

Léonard Cohen, « Poèmes et chansons 2 », Trad. de l’américain par J.C Ecart, Éd 10/18, p.25,1978.

THERE ARE SOME MENS

There are some men
who should have mountains
to bear their names to time.

Grave markers are not high enough
or green,
and sons go far away
to lose the fist
their father’s hand will aways seem.

I had a friend :
he lived and died in mighty silence
and with dignity,
left no book, son, or lover to mourn.

Nor is this a mourning-son
but only a naming of this mountain
on which I walk,
fragrant, dark, and softy white
under the pale of mist.
I name this mountain after him.

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La partie d’échecs de Vieira da Silva

la partie d'échecs

« Pour qui aime s’interroger sur l’art, La Partie d’échecs prend valeur exemplaire.

Le tableau, d’abord,  nous fascine, en ce sens que notre regard est irrésistiblement attiré, juste au centre, vers l’échiquier lui-même, réel et régulier. Mais à peine avons-nous plongé vers lui que, du centre de sa toile, la magicienne nous retient dans un univers à elle. Depuis l’échiquier, comme de minutieuses constructions, ou comme des thèmes qui, en musique, poursuivraient inlassablement leurs reprises, les carreaux fuient, mangent les personnages entr’aperçus, couvrent tout l’horizon, à l’infini.

Au premier moment, je crois savoir ce qu’il en est. Quand j’ai longtemps étudié un texte, les questions qu’il soulève sont pour moi les seules questions : je les vois partout ; et le monde alentour s’estompe.

Il y a cependant bien loin de cette déformation subjective à la peinture, à cette peinture. Si mes problèmes et mes rêves me cachent le monde alentour , ceux du peintre le reforment et lui donnent une nouvelle existence. Or, cette création, on dirait que le tableau la montre en acte : du centre vers les bords, la géométrie se brise subtilement, des plages tendres se font jour, et une douceur s’instaure dans un monde reconquis. La dureté du noir et blanc, et celle du jeu tout intellectuel qui est ainsi évoqué, laisse place à un chatoiement, où il semble que l’air circule , sans limite. – Le dialogue entre le centre et les bords figure exactement l’histoire même de ce dialogue inégal entre le réel et l’art, qui laisse à l’art le dernier mot »

Jacqueline de Romilly

 

 

 

 

Pages aquarellées

portrait de sa mère par Tanguy Dohollau

Dessin de Tanguy Dohollau

[…]
Je cherchais le réel
Hors la fuite des heures
Les lieux du mirage
Mais ce fut le cercle
Instable du présent
Qui livrait le monde
Ce fruit de l’air

Il suffisait de se retourner
Et de regarder comme dans un berceau
Le vide ourlé du temps
De se pencher sur la blancheur
Et de croire aux couleurs
À la mer réelle des marées
À la vie de la mort
….
Quelle maison est la mienne ?
Une qui m’attend derrière le mur du jour
Ou loin en arrière au coeur d’une rue
Dans une ville autre et la même
Ou celle dont chaque instant est le seuil
Ces fleurs là-bas sur une table
Dans un bruissement de porte

Extrait de : La maison de la vie, Pages aquarellées, Ed Folle Avoine 1989

The Lark Ascending, l’ascension de l’alouette

Une soirée de poésie et de musique à Langueux (Côtes d’Armor) en hommage à la poète Heather Dohollau. C’était le 17 mars à la Médiathèque du Point-Virgule.

L’exposition sur l’univers de la poète comprenait des photos de son lieu de vie et des tableaux qu’elle aimait. Elle aspirait à une carrière de peintre et a tenu une galerie d’art sur l’île de Bréhat. Cette exposition a été préparée par son fils le peintre Tanguy Dohollau.

exposition

Heather Dohollaujpg

Les lectures de poèmes ont été effectuées  à quatre voix : par la bibliothécaire Evelyne Jobin, Suzanne Allaire, Aline Vecchiali et Paul Recoursé. La présentation est bien sûr revenue à Tanguy Dohollau.

Tanguy Dohollau

présentation

La musique avait une grande importance pour Heather Dohollau.

Rémi Monsacré (Viole de gambe, flûte baroque) et Lucile Mahé (flûte baroque) nous ont donc régalé de musiques de différents compositeurs durant cette soirée.

musique

Une belle réunion de poésie et de convivialité.